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Société

Cépages résistants aux maladies : moins de pesticides dans la vigne

En bref — Les cépages résistants sont des variétés de vigne sélectionnées pour mieux supporter le mildiou et l’oïdium, les deux maladies qui justifient l’essentiel des traitements fongicides en viticulture. Ils permettent de réduire fortement le nombre de traitements, sans dispenser de surveillance. En France, leur culture pour le vin est encadrée par le classement officiel des variétés, ouvert à plusieurs cépages résistants depuis un arrêté de 2017. Pour un jardin, ils sont souvent le choix le plus simple pour récolter du raisin sans multiplier les pulvérisations.

La vigne est l’une des cultures les plus exposées aux maladies fongiques, et donc l’une de celles qui reçoivent le plus de traitements. Pour réduire cette dépendance aux pesticides, la recherche sélectionne depuis des décennies des variétés plus robustes. Voici ce qu’est un cépage résistant, ce qu’il change pour les viticulteurs et les jardiniers, et comment le choisir.

Pourquoi la vigne reçoit-elle autant de traitements ?

La vigne cultivée en Europe (Vitis vinifera) est naturellement sensible à plusieurs champignons et organismes pathogènes, en grande partie arrivés d’Amérique du Nord au XIXe siècle :

  • le mildiou, favorisé par les printemps et étés humides, qui attaque feuilles et grappes ;
  • l’oïdium, qui couvre les organes verts d’un feutrage blanchâtre et fait éclater les baies ;
  • le black-rot et la pourriture grise (botrytis), selon les régions et les années.

Sans protection, une année pluvieuse peut suffire à compromettre une récolte. C’est pourquoi la viticulture pèse lourd dans l’usage des produits phytosanitaires en France, alors qu’elle n’occupe qu’une part modeste des surfaces agricoles. Même en agriculture biologique, la vigne reçoit des traitements, notamment à base de cuivre et de soufre.

Qu’est-ce qu’un cépage résistant ?

Un cépage résistant est issu de croisements entre la vigne européenne et des espèces de vigne américaines ou asiatiques porteuses de gènes de résistance. Après plusieurs générations de rétrocroisements avec des cépages traditionnels, on obtient des variétés proches de Vitis vinifera par la qualité du raisin, mais beaucoup moins sensibles au mildiou et à l’oïdium.

Résistance monogénique ou polygénique

Une variété qui ne repose que sur un seul gène de résistance risque d’être contournée par le champignon, qui finit par s’adapter. Les programmes récents, comme celui de l’INRAE en France (programme ResDur), associent plusieurs gènes de résistance dans une même variété pour rendre ce contournement plus difficile. C’est de ce travail que sont issues des variétés comme Artaban, Vidoc, Floreal et Voltis.

Résistant ne veut pas dire invulnérable

La résistance réduit la sensibilité, elle ne la supprime pas. Un ou deux traitements restent parfois conseillés lors des années à forte pression, notamment pour préserver la durabilité des gènes de résistance. Les autres maladies (black-rot, botrytis) ne sont pas toujours couvertes. Enfin, le phylloxéra est une autre question : il se gère par le greffage sur porte-greffe américain, pas par le choix du cépage.

Que dit la réglementation en France ?

L’histoire explique la prudence française. Au début du XXe siècle, des hybrides dits « producteurs directs », plantés pour échapper aux maladies, ont été accusés de donner des vins de faible qualité et de contribuer à la surproduction. Plusieurs d’entre eux, comme le Noah ou le Clinton, ont été interdits.

Les cépages résistants actuels sont d’une autre génération. Pour produire du vin commercialisé, une variété doit figurer au classement officiel des variétés de vigne à raisins de cuve. L’Arrêté du 19 avril 2017 a ouvert ce classement à plusieurs variétés résistantes, et d’autres y ont été ajoutées depuis. Le texte et ses mises à jour sur Légifrance font foi pour connaître la liste en vigueur.

L’inscription au classement ne suffit pas pour produire un vin sous appellation d’origine : chaque cahier des charges AOC ou IGP fixe ses propres cépages autorisés. Certaines appellations ont ouvert, sous conditions, une place à des variétés d’intérêt pour l’adaptation, mais les règles varient d’une appellation à l’autre. Un vigneron qui envisage d’en planter doit donc se renseigner auprès de son organisme de défense et de gestion (ODG) et de l’INAO.

Comment choisir un cépage résistant pour son jardin ?

Pour un particulier, les contraintes réglementaires du vin commercial ne s’appliquent pas à une treille de jardin destinée au raisin de table ou à une petite consommation familiale. Les cépages résistants y trouvent tout leur intérêt : moins de pulvérisations, moins de soucis les années humides. Voici les critères à passer en revue :

CritèreQuestions à se poser
UsageRaisin de table, jus, petite vinification, ou simple ombrage de pergola ?
ClimatPrintemps humides, gelées tardives, été court ? Choisissez une variété à maturité adaptée.
ExpositionUn mur ensoleillé et bien aéré limite l’humidité sur le feuillage.
SolLa vigne supporte des sols pauvres mais craint l’eau stagnante.
RésistancesLa fiche de la variété précise-t-elle les maladies couvertes et le niveau de résistance ?

Achetez vos plants auprès d’un professionnel qui indique clairement la variété, le porte-greffe et les résistances. Des pépinières en ligne comme Viticabrol proposent des plants de vigne livrés à domicile, accompagnés de conseils de plantation et de taille, ce qui aide à éviter un plant mal adapté à votre région.

Comment cultiver sa vigne en limitant les traitements ?

Le choix de la variété ne fait pas tout. Quelques pratiques renforcent son effet :

  1. Planter au soleil et à l’air : un feuillage qui sèche vite après la pluie est moins exposé aux champignons.
  2. Tailler et palisser pour éviter un feuillage trop dense autour des grappes.
  3. Arroser au pied, jamais sur le feuillage.
  4. Ramasser les feuilles et grappes malades pour limiter les sources de contamination.
  5. Observer régulièrement, surtout après les épisodes pluvieux, pour intervenir tôt si nécessaire.

Une vigne s’intègre aussi dans un jardin plus diversifié, qui accueille les auxiliaires utiles : notre article sur l’amélioration de la biodiversité au jardin donne des pistes, et celui sur le choix des plantes et des arbres aide à composer l’ensemble. Et si vous vinifiez un peu de votre récolte, voyez quel matériau utiliser pour aménager une cave à vin.

Questions fréquentes

Un cépage résistant se passe-t-il totalement de traitements ?

Pas toujours. La résistance réduit fortement la sensibilité au mildiou et à l’oïdium, mais un traitement ponctuel peut rester utile les années à forte pression, et d’autres maladies ne sont pas forcément couvertes.

Les cépages résistants sont-ils des OGM ?

Non. Ils sont obtenus par croisements et sélection classiques entre espèces de vigne, une méthode pratiquée depuis longtemps en amélioration des plantes.

Peut-on faire du vin d’appellation avec un cépage résistant ?

Cela dépend du cahier des charges de chaque appellation. Certaines ont ouvert une place limitée à des variétés d’adaptation, d’autres non : l’ODG et l’INAO renseignent sur les règles applicables.

Le vin issu de cépages résistants est-il de moins bonne qualité ?

Les variétés récentes sont sélectionnées aussi sur la qualité du raisin, ce qui les distingue des anciens hybrides. Le résultat dépend, comme pour tout cépage, du terroir, de la conduite de la vigne et de la vinification.

Quand planter une vigne au jardin ?

La plantation se fait pendant le repos de la végétation, en évitant les périodes de gel et les sols détrempés. Le pépiniériste précise la meilleure période selon la forme du plant (racines nues ou en pot).

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