Répartir ses charges entre un datacenter et plusieurs clouds publics ou privés est devenu une architecture courante pour les entreprises qui veulent éviter l’enfermement chez un seul fournisseur, rapprocher les services de leurs utilisateurs ou garantir une continuité d’activité. Cette souplesse a un prix : chaque environnement arrive avec ses propres outils, ses propres réglages par défaut et sa propre façon de gérer les droits. Sans méthode, les écarts entre ces environnements deviennent autant de failles. Voici comment aborder la sécurité d’un multicloud de manière structurée.
Pourquoi le multicloud complique-t-il la sécurité d’un datacenter ?
Le modèle historique du « château fort » partait d’un principe simple : protéger le périmètre du réseau et considérer comme fiable tout ce qui se trouvait à l’intérieur. Dans une architecture multicloud, ce périmètre n’existe plus vraiment. Les applications dialoguent entre le datacenter et des services cloud, les collaborateurs se connectent depuis des sites distants, et les données circulent en permanence entre des infrastructures administrées par des acteurs différents.
Trois difficultés reviennent systématiquement :
- L’hétérogénéité : chaque fournisseur a sa propre gestion des identités, ses propres groupes de sécurité et ses propres journaux. Une règle appliquée dans un cloud n’a pas d’équivalent automatique dans l’autre.
- Les erreurs de configuration : un espace de stockage laissé public, un port d’administration ouvert ou un compte de service aux droits trop larges suffisent à exposer des données.
- Le manque de visibilité : sans supervision centralisée, il devient difficile de savoir qui accède à quoi, depuis où, et de repérer un comportement anormal.
Le partage des responsabilités ajoute une couche de complexité. Le fournisseur sécurise son infrastructure, mais la configuration des services, les droits d’accès et la protection des données restent en grande partie à la charge du client. Ce découpage varie selon le type de service (IaaS, PaaS, SaaS) et doit être lu contrat par contrat.
Quelles protections mettre en place en priorité ?
Les mesures ci-dessous se complètent : aucune ne suffit seule, et leur efficacité dépend surtout de leur application homogène sur tous les environnements.
| Mesure | Risque visé | Point d’attention |
|---|---|---|
| Gestion centralisée des identités et authentification multifacteur | Vol d’identifiants, comptes orphelins | Un annuaire unique fédéré vers chaque cloud évite la multiplication des comptes locaux |
| Principe du moindre privilège | Escalade de droits, erreur humaine | Revoir régulièrement les droits des comptes de service, souvent oubliés |
| Pare-feu de nouvelle génération | Trafic malveillant, accès non autorisés | Filtrer par application et par utilisateur, pas seulement par port et adresse IP |
| Chiffrement des flux et des données stockées | Interception, fuite en cas d’accès au stockage | Savoir qui détient et gère les clés de chiffrement |
| Microsegmentation | Propagation d’une attaque dans le réseau | Cartographier les flux applicatifs avant d’écrire les règles |
| Prévention de perte de données (DLP) | Exfiltration, partage non conforme | Un paramétrage trop strict bloque les usages métiers |
| Supervision et journalisation centralisées | Intrusion non détectée | Rassembler les journaux de tous les environnements dans un même outil |
Le chiffrement des flux entre datacenter et cloud
Les échanges entre le centre de données et les clouds transitent souvent par Internet ou par des liaisons partagées. Les chiffrer (tunnels VPN, TLS entre services) limite les risques d’interception et d’altération. Pour les données stockées, la question clé porte sur la gestion des clés : les conserver dans un module ou un service que l’entreprise maîtrise lui laisse davantage de contrôle en cas de changement de fournisseur.
La microsegmentation pour contenir une intrusion
La microsegmentation découpe le réseau en zones très fines, jusqu’au niveau de la charge de travail, et n’autorise que les flux explicitement nécessaires. Si un serveur est compromis, l’attaquant ne peut pas rebondir librement vers le reste de l’infrastructure. Cette approche s’inscrit dans la logique « zero trust » : aucun flux n’est considéré comme fiable par défaut, qu’il vienne de l’intérieur ou de l’extérieur.
À quoi sert la DLP dans un environnement multicloud ?
La prévention de perte de données (DLP, pour Data Loss Prevention) identifie les informations sensibles, surveille leurs déplacements et empêche qu’elles sortent du cadre autorisé. Une solution de DLP peut analyser les données stockées, en transit et utilisées sur les postes, signaler un envoi non conforme, bloquer un transfert ou déclencher une alerte.
Son intérêt principal est de ne plus reposer uniquement sur la vigilance des utilisateurs : mauvais destinataire, partage trop large, export d’un fichier vers un service cloud non validé. Pour qu’elle soit utile, la démarche suit un ordre précis :
- Inventorier les données critiques : fichiers clients, données financières, contrats, secrets industriels, données RH, identifiants.
- Les classer par niveau de sensibilité.
- Définir qui peut y accéder, depuis quel environnement et avec quelles restrictions.
- Déployer les règles en mode observation avant de passer en mode blocage.
- Ajuster les règles à partir des alertes réelles pour éviter les faux positifs.
Une DLP mal calibrée produit l’effet inverse de celui recherché : les utilisateurs contournent les blocages par des moyens encore moins contrôlés. L’enjeu est de protéger sans paralyser le travail quotidien.
Comment choisir un hébergeur et des fournisseurs cloud fiables ?
La sécurité d’un multicloud dépend aussi de la solidité des partenaires. Le choix d’un opérateur pour le multicloud en datacenter se juge sur plusieurs critères vérifiables :
- Les certifications et qualifications affichées, en vérifiant leur périmètre exact (un site, un service, toute l’offre).
- La localisation des données et le droit applicable au fournisseur, notamment pour les données soumises au RGPD.
- Les options d’interconnexion directe vers les principaux clouds, qui évitent de faire transiter les flux par l’Internet public.
- La sécurité physique du bâtiment : contrôle d’accès, surveillance, redondance électrique et climatisation.
- Les conditions de réversibilité : format de restitution des données, délais et coûts de sortie.
Pour les données sensibles, notamment dans le secteur public, l’ANSSI délivre la qualification SecNumCloud aux offres cloud qui répondent à un référentiel d’exigences techniques, opérationnelles et juridiques, y compris vis-à-vis des lois à portée extraterritoriale. La liste des offres qualifiées est publiée sur le site de l’agence.
Quelles erreurs éviter lors d’une migration multicloud ?
- Reproduire à l’identique les règles du datacenter dans le cloud sans les adapter aux mécanismes de chaque fournisseur.
- Laisser chaque équipe gérer ses propres comptes sur chaque plateforme, ce qui crée des droits disparates et des comptes jamais désactivés.
- Oublier les sauvegardes : la réplication entre clouds ne remplace pas une sauvegarde isolée, capable de résister à un rançongiciel ou à une suppression malveillante.
- Négliger les services d’infrastructure partagés, comme la résolution de noms, dont la compromission touche tous les environnements à la fois.
- Traiter la sécurité en fin de projet plutôt que dès la conception de l’architecture.
Le DNS mérite une attention particulière, car il sert de point de passage à tous les services : notre article sur les différentes attaques que peut subir un DNS détaille les menaces et les parades. Côté continuité, les méthodes pour récupérer des données après une perte ou un incident complètent utilement une stratégie de sauvegarde. Enfin, la sécurité logique ne dispense pas de protéger les accès physiques aux locaux, comme l’illustre notre guide pour renforcer la sécurité des locaux d’une entreprise.
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Questions fréquentes
Quelle différence entre multicloud et cloud hybride ?
Le cloud hybride combine une infrastructure privée (datacenter de l’entreprise ou hébergé) avec au moins un cloud public. Le multicloud désigne l’utilisation de plusieurs fournisseurs de cloud. Les deux se combinent souvent : un datacenter relié à plusieurs clouds publics forme une architecture à la fois hybride et multicloud.
Le multicloud est-il moins sûr qu’un seul fournisseur ?
Pas par nature, mais il est plus difficile à sécuriser, car les règles, les identités et les journaux se multiplient. Avec une gestion centralisée des identités et une supervision unifiée, il peut au contraire améliorer la résilience en évitant la dépendance à un seul prestataire.
Qui est responsable de la sécurité des données dans le cloud ?
La responsabilité est partagée. Le fournisseur sécurise son infrastructure, tandis que le client reste généralement responsable de la configuration de ses services, des droits d’accès et de la protection de ses données. Le partage exact dépend du type de service et du contrat.
Qu’est-ce que la qualification SecNumCloud ?
C’est une qualification délivrée par l’ANSSI aux offres cloud qui respectent un référentiel de sécurité exigeant, couvrant des aspects techniques, opérationnels et juridiques. Elle sert de repère pour héberger des données sensibles, en particulier dans la sphère publique.
Faut-il chiffrer tous les flux entre le datacenter et le cloud ?
Le chiffrement des échanges entre environnements est une mesure de base recommandée, surtout lorsque les flux transitent par des réseaux partagés. Il limite les risques d’interception et d’altération des données pendant leur transport.

