Perdre un proche dans un accident de la circulation bouleverse aussi l’équilibre financier du foyer. La loi Badinter de 1985 organise l’indemnisation des victimes d’accidents impliquant un véhicule terrestre à moteur, y compris celle des proches d’une victime décédée. Parmi les postes de préjudice, le préjudice économique est souvent le plus lourd financièrement et le plus technique à évaluer. Voici comment il se construit et sur quels points une famille doit être attentive.
Quels préjudices les proches d’une victime décédée peuvent-ils faire indemniser ?
La pratique française s’appuie sur une nomenclature de référence, dite nomenclature Dintilhac, qui liste les postes de préjudice. Pour les victimes indirectes (les proches), on distingue principalement :
| Poste | Nature | Ce qu’il couvre |
|---|---|---|
| Frais d’obsèques | Patrimonial | Dépenses liées aux funérailles et à la sépulture, sur justificatifs |
| Pertes de revenus des proches (préjudice économique) | Patrimonial | Perte de la part des revenus du défunt qui bénéficiait au foyer |
| Frais divers des proches | Patrimonial | Déplacements, hébergement, frais engagés à la suite de l’accident |
| Préjudice d’affection | Extrapatrimonial | Souffrance morale liée à la perte d’un proche |
| Préjudice d’accompagnement | Extrapatrimonial | Bouleversement vécu lorsque la victime a survécu un temps avant de décéder |
Les frais d’obsèques peuvent par ailleurs être en partie couverts par un contrat dédié : notre article sur le choix d’un contrat obsèques explique ce type de garantie, indépendante de l’indemnisation due par l’assureur du responsable.
Comment se calcule le préjudice économique du foyer ?
Il n’existe pas de barème officiel imposé : les juridictions et les assureurs utilisent des méthodes proches, dont chaque paramètre influe fortement sur le résultat. La démarche suit généralement ces étapes :
- Établir le revenu annuel de référence du foyer avant le décès : revenus du défunt et, selon la méthode retenue, ceux du conjoint survivant. On s’appuie sur les bulletins de paie, avis d’imposition, bilans pour un indépendant, en tenant compte des perspectives d’évolution documentées (promotion prévue, activité en développement).
- Déduire la part d’autoconsommation du défunt : la fraction des revenus qu’il consacrait à ses propres besoins et qui ne profitait donc pas au foyer. Elle varie selon la composition de la famille (nombre d’enfants, notamment).
- Déterminer la perte annuelle du foyer : revenu de référence, moins l’autoconsommation, moins les revenus que le conjoint survivant continue de percevoir.
- Répartir cette perte entre le conjoint et chacun des enfants, les enfants étant indemnisés jusqu’à l’âge où ils sont censés devenir autonomes financièrement.
- Capitaliser la perte, c’est-à-dire la convertir en capital à l’aide d’un barème de capitalisation, sur la durée pertinente (par exemple jusqu’à l’âge prévisible de la retraite du défunt pour le conjoint).
- Déduire les prestations des tiers payeurs ayant un caractère indemnitaire (certaines rentes et pensions versées par des organismes sociaux), qui exercent ensuite leur recours contre l’assureur.
Sur quels points les offres d’assureur sont-elles souvent discutées ?
L’assureur du véhicule impliqué est tenu de présenter une offre d’indemnisation dans des délais fixés par la loi, sous peine de sanctions. Cette offre repose sur des hypothèses que la famille peut contester. Les points de désaccord les plus fréquents :
- Le revenu de référence : période trop courte, primes ou revenus d’activité indépendante ignorés, évolution de carrière non prise en compte.
- Le taux d’autoconsommation : un taux élevé réduit mécaniquement la perte indemnisable. Il doit refléter la réalité du foyer.
- Le barème de capitalisation : plusieurs barèmes coexistent, avec des taux d’actualisation différents, ce qui peut produire des écarts importants sur un même dossier.
- La durée retenue : âge de fin de dépendance des enfants, âge de départ à la retraite.
- Les déductions : seules les prestations à caractère indemnitaire se déduisent. Les capitaux versés au titre d’une assurance de personnes à caractère forfaitaire, comme certains contrats d’assurance vie ou de prévoyance décès, n’ont en principe pas vocation à réduire l’indemnisation.
Le préjudice économique après un décès a une particularité soulignée par les praticiens : les données sont figées à la date du décès, ce qui rend le calcul plus prévisible que pour une victime blessée dont l’état évolue. Comme le résume Michel Benezra, avocat spécialisé dans la défense des victimes de la route : « En principe il est impossible de connaître à l’avance le montant de l’indemnisation d’une victime car il y a trop de paramètres à prendre en compte, sauf lorsque la victime est décédée ! » C’est précisément parce que le calcul est reproductible que chaque hypothèse mérite d’être vérifiée.
Quelles pièces réunir pour défendre le dossier ?
- Acte de décès, livret de famille, justificatifs de la composition du foyer et de la scolarité des enfants.
- Bulletins de paie, avis d’imposition des dernières années, contrat de travail, éléments sur les perspectives de carrière.
- Pour un indépendant : bilans, liasses fiscales, attestation de l’expert-comptable.
- Justificatifs des charges du foyer (logement, crédits, frais de garde) pour documenter le niveau de vie.
- Factures des frais d’obsèques et des frais engagés par les proches.
- Notifications des prestations versées par les organismes sociaux.
Plus le dossier est complet, plus il est difficile de retenir des hypothèses défavorables. Le procès-verbal de police ou de gendarmerie et les éléments sur les circonstances de l’accident sont également utiles, notamment si l’assureur invoque une faute de la victime.
Faut-il accepter l’offre de l’assureur ou saisir le tribunal ?
Une offre peut être acceptée, négociée ou refusée. Une fois la transaction signée, la revenir en arrière est très difficile : il est donc prudent de faire analyser l’offre avant toute signature. Un avocat en dommage corporel vérifie chaque paramètre, peut contre-proposer un chiffrage et, à défaut d’accord, saisir la juridiction compétente. C’est le rôle que revendique Maître Michel Benezra, qui intervient pour les victimes d’accidents de la circulation et leurs familles.
Si le responsable n’est pas assuré ou n’est pas identifié, le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO) peut intervenir. Pour mieux comprendre les contrats en jeu, consultez notre article sur les différentes garanties de l’assurance automobile. Les honoraires d’avocat peuvent parfois être pris en charge par une garantie protection juridique : vérifiez vos contrats.
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Questions fréquentes
Qui peut demander l’indemnisation du préjudice économique après un décès ?
Principalement les personnes qui dépendaient financièrement du défunt : conjoint, partenaire de Pacs ou concubin, enfants à charge. D’autres proches peuvent y prétendre s’ils démontrent une dépendance économique réelle.
Qu’est-ce que la part d’autoconsommation du défunt ?
C’est la fraction de ses revenus que le défunt consacrait à ses propres dépenses. Elle est retirée du revenu du foyer car, après le décès, elle n’est plus une perte pour les proches. Son taux dépend de la composition de la famille et se discute.
Existe-t-il un barème officiel pour calculer le préjudice économique ?
Non, il n’existe pas de barème légal obligatoire. Les tribunaux et assureurs appliquent des méthodes proches et utilisent des barèmes de capitalisation qui peuvent différer, d’où l’importance de vérifier ceux retenus dans l’offre.
Une assurance vie versée à la famille réduit-elle l’indemnisation ?
En principe, les capitaux versés au titre d’une assurance de personnes à caractère forfaitaire ne sont pas déduits. Seules les prestations à caractère indemnitaire, versées notamment par des organismes sociaux, sont imputées. Faites vérifier chaque déduction.
Faut-il un avocat pour être indemnisé après un accident mortel ?
Ce n’est pas obligatoire pour une transaction amiable, mais le calcul est technique et une transaction signée est difficile à remettre en cause. Un avocat spécialisé en dommage corporel permet de contrôler les hypothèses avant d’accepter.

