Transmettre un appartement à ses enfants tout en continuant à l’habiter, acheter un bien à prix réduit sans en percevoir les loyers pendant quelques années, protéger un conjoint survivant : ces situations reposent sur le même mécanisme juridique, le démembrement de propriété. Il est courant en gestion de patrimoine, mais ses règles pratiques (qui paie les travaux, qui peut vendre, qui déclare quoi) sont souvent mal connues avant la signature. Voici comment il fonctionne et dans quels cas il est utile.
Qu’est-ce que le démembrement de propriété ?
La pleine propriété d’un bien réunit plusieurs prérogatives : l’utiliser, en percevoir les fruits (loyers, intérêts, récoltes) et en disposer (le vendre, le donner). Le démembrement répartit ces prérogatives entre deux personnes :
- l’usufruitier a le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus ;
- le nu-propriétaire détient le bien lui-même et peut céder sa nue-propriété, mais il n’a ni l’usage ni les revenus tant que l’usufruit existe.
Le démembrement peut naître d’une donation (un parent donne la nue-propriété et garde l’usufruit), d’une succession (le conjoint survivant qui opte pour l’usufruit), ou d’un achat organisé dès l’origine entre deux acquéreurs. Il peut porter sur un logement, un immeuble de rapport, des parts de société ou des parts de SCPI, comme le montre notre article sur les avantages et inconvénients de l’investissement en SCPI.
Qui a le droit de faire quoi sur le bien ?
La répartition des droits est le point qui génère le plus de malentendus. Le tableau ci-dessous reprend les règles de base présentées par Service-Public.fr.
| Action | Plein propriétaire | Nu-propriétaire | Usufruitier |
|---|---|---|---|
| Habiter le bien | Oui | Non | Oui |
| Louer le bien et encaisser les loyers | Oui | Non | Oui (bail rural ou commercial : accord du nu-propriétaire requis) |
| Vendre ou donner son droit | Oui | Oui, sa nue-propriété | Oui, son usufruit |
| Vendre le bien en pleine propriété | Oui | Seulement d’un commun accord | |
L’usufruitier doit jouir du bien « raisonnablement » : il ne peut pas le dégrader ni en changer la destination. De son côté, le nu-propriétaire ne peut pas s’immiscer dans l’occupation ou la location tant que l’usufruit court.
Qui paie les travaux, les charges et les impôts ?
Ce qui revient à l’usufruitier
L’usufruitier prend en charge les réparations d’entretien et les dépenses liées à la jouissance du bien. Service-Public.fr précise qu’il acquitte notamment la taxe foncière. S’il loue le bien, c’est lui qui déclare les loyers.
Ce qui revient au nu-propriétaire
Le nu-propriétaire supporte les grosses réparations, celles qui touchent la structure du bâtiment (gros murs, toiture entière, par exemple), sauf si elles sont rendues nécessaires par un défaut d’entretien imputable à l’usufruitier. C’est un point à anticiper : un nu-propriétaire qui ne perçoit aucun revenu du bien peut devoir financer un ravalement lourd ou une réfection de toiture.
Aménager la répartition
Entre les parties, une convention ou l’acte notarié peut préciser la répartition de certaines dépenses. Prévoir noir sur blanc qui décide des travaux, qui les avance et comment sont réparties les charges de copropriété évite la plupart des conflits familiaux liés au démembrement.
Combien de temps dure le démembrement et comment prend-il fin ?
On distingue deux formes :
- l’usufruit viager, qui s’éteint au décès de l’usufruitier : c’est le cas le plus fréquent dans les transmissions familiales ;
- l’usufruit temporaire, fixé pour une durée déterminée, courant dans les investissements en nue-propriété (logement ou parts de SCPI).
Selon Service-Public.fr, l’usufruit prend fin notamment au décès de l’usufruitier, à l’arrivée du terme, lorsque les deux droits sont réunis sur la même tête, en cas de renonciation, de non-usage prolongé, de perte totale du bien ou d’abus de jouissance. À l’extinction, le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire, sans nouvel acte de transfert.
Comment est calculée la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété ?
Pour les droits de donation ou de succession, l’administration fiscale applique un barème qui dépend de l’âge révolu de l’usufruitier : plus il est jeune, plus l’usufruit vaut cher et moins la nue-propriété pèse. Service-Public.fr donne l’exemple d’un donateur de 68 ans : la nue-propriété représente alors 60 % de la valeur du bien. Le barème va d’un usufruit de 90 % (usufruitier de moins de 21 ans) à 10 % (plus de 91 ans).
L’usufruit temporaire obéit à une règle d’évaluation différente, que le simulateur officiel de Service-Public.fr ne couvre pas : demandez le calcul à votre notaire. Ce barème fiscal n’est d’ailleurs pas forcément celui retenu pour un achat en démembrement entre investisseurs, où le prix de la nue-propriété résulte d’une évaluation économique (durée, loyers attendus).
Dans quels cas le démembrement est-il utile ?
- Donner de son vivant sans perdre son logement ou ses revenus. Le parent donne la nue-propriété, conserve l’usufruit, et les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété.
- Protéger le conjoint survivant. Dans une succession, l’usufruit permet au conjoint de rester dans le logement ou d’en percevoir les loyers, les enfants recevant la nue-propriété.
- Investir sans revenus immédiats. Acheter la nue-propriété d’un logement ou de parts de SCPI coûte moins cher que la pleine propriété ; la contrepartie est l’absence de loyers pendant la durée de l’usufruit. Cette logique est détaillée dans notre dossier sur les placements adaptés aux seniors.
- Organiser une clause bénéficiaire démembrée en assurance-vie, un montage à construire avec un professionnel ; pour les bases de ce contrat, voir qu’est-ce que l’assurance-vie.
Les erreurs à éviter
- Croire que le nu-propriétaire n’a aucune dépense à prévoir.
- Signer sans convention sur les travaux et les charges de copropriété.
- Oublier que la vente du bien en pleine propriété exige l’accord des deux parties, ce qui peut bloquer un projet en cas de mésentente.
- Confondre démembrement et indivision : dans l’indivision, chacun détient une quote-part de la pleine propriété, ce qui n’est pas le cas ici.
Pour un bien destiné à la location, les règles de rentabilité restent les mêmes que dans notre guide sur l’investissement locatif, à ceci près que les loyers reviennent à l’usufruitier. Un démembrement engage souvent plusieurs générations : faites-le rédiger et chiffrer par un notaire.
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Questions fréquentes
L’usufruitier peut-il vendre le bien ?
Non, l’usufruitier ne peut pas vendre seul le bien en pleine propriété. Il peut en revanche céder ou donner son usufruit. La vente du bien entier suppose l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire.
Qui paie la taxe foncière en cas de démembrement ?
C’est en principe l’usufruitier, selon Service-Public.fr. Les parties peuvent prévoir une autre répartition entre elles, mais l’administration s’adresse à l’usufruitier.
Que se passe-t-il au décès de l’usufruitier ?
L’usufruit viager s’éteint et le nu-propriétaire devient plein propriétaire, sans nouvel acte de transfert. Il peut alors occuper, louer ou vendre librement le bien.
Le nu-propriétaire doit-il financer les gros travaux ?
Oui, les grosses réparations touchant la structure du bâtiment sont à sa charge, sauf si elles résultent d’un défaut d’entretien de l’usufruitier. Une convention peut préciser la répartition entre les parties.
Comment connaître la valeur fiscale de la nue-propriété ?
Elle dépend de l’âge révolu de l’usufruitier au moment de l’opération. Service-Public.fr propose un simulateur officiel pour l’usufruit viager ; pour un usufruit temporaire, le calcul est différent et relève du notaire.

